AUDIT
ORGANISATIONNEL DE LA COMMISSION DES FINANCES DE L’ASSEMBLEE
NATIONALE DE LA REPUBLIQUE DU MALI
Rapport Final
d’Etude
Août, 2005
Remerciements
Cette étude
s’inscrit dans le prolongement naturel de l’appui du Projet Appui
aux Processus et Institutions Démocratiques (APID)
particulièrement son volet d’appui à l’Assemblée Nationale de la
République du Mali.
Les consultants
tiennent à remercier sincèrement le Bureau de l’Assemblée Nationale
ainsi que le Bureau et les membres de la Commission des Finances et
leur personnel pour leur appui constant aux fins de l’élaboration de
cette étude.
Qu’il nous soit
permis également de remercier Messieurs Michel Dédéhouanou et
Mouftahou Lalleye respectivement responsables de la Cellule d’Appui
aux Analyses des Politiques de l’Assemblée Nationale (CAPAN) du
Bénin et de l’Unité d’Analyse de Contrôle et d’Evaluation du Budget
de l’Etat (UNACEB) de l’Assemblée Nationale du Bénin pour leurs
contributions aux diverses activités d’investigation et d’analyse à
cette étude. La qualité de ces contributions a permis aux
consultants de se doter des informations pertinentes favorisant une
analyse objective de l’organisation de la Commission des Finances et
l’élaboration des propositions qui, nous l’espérons, tiennent compte
des perceptions, besoins et aspirations de l’ensemble des acteurs.
Association Malienne
de Recherche Action pour le Développement (AMRAD)
Oumar Kassougué,
Spécialiste en économie de développement et finances publiques
Stephanie Diakité, JC-JD/MBA/PhD
______________________________________________________________
BP
E2244, Tél. 229 09 44/ 229 94 44; Cell. 674 92 12/ 640 53 30 ; E
mail :
cedref@cefib.com,
Bamako
RESUME DE L’ETUDE
Cette étude,
commanditée par la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale
de la République du Mali et mise en œuvre avec l’appui du projet
d’Appui aux Processus et Institutions Démocratiques, Volet Assemblée
Nationale (APID/AN) s’inscrit dans un double objectif : i)
diagnostiquer l’organisation et les capacités y découlant de la
Commission des Finances ii) formuler des propositions visant à
améliorer l’organisation et accroître les capacités de la structure
en vue de l’accomplissement de sa mission.
L’étude a été
réalisée à Bamako par deux spécialistes maliens – l’un en
développement institutionnel et organisationnel et l’autre en
économie de développement et finances publiques, en étroite
collaboration avec le Bureau et les membres de la Commission des
Finances de l’Assemblée Nationale. Afin de capitaliser l’expérience
que des pays voisins, aux conditions comparables à celles du Mali,
ont eu en matière d’appui de la Commission des Finances de
l’Assemblée Nationale, l’équipe nationale a été appuyée par des
personnes ressources de deux structures d’appui de l’Assemblée
Nationale du Bénin dont la Cellule d’Analyse des Politiques de
l’Assemblée Nationale (CAPAN) et l’Unité de l’Analyse et du Contrôle
du Budget d’Etat (UNACEB).
Pour la conduite de
l’étude, les consultants ont privilégié la tenue d’ateliers
réunissant les principales parties prenantes de la mission de la
Commission des Finances (Bureau, membres, assistants et personnel)
et ont
adopté une approche mixte, combinant des techniques
d’investigation et une méthodologie participative de groupes de
discussion (focus group). Cette méthodologie a permis de recueillir
des données facilitant l’établissement d’une base de données
pertinentes
et de susciter la réflexion au sein des différents groupes cibles
sur leur mission et la cohérence entre celle-ci et les structures,
instruments et mécanismes dont ils disposent.
À la fin de la mission un atelier réunissant des personnes ayant
participé à l’étude a permis de présenter et de discuter les
principaux constats et recommandations.
Si la mission a
permis de valider certains constats faits lors des études
antérieures de l’Assemblée Nationale et de confirmer la faible
adéquation entre l’organisation et la mission de la Commission des
Finances, elle a surtout permis aux acteurs eux-mêmes de prendre
conscience et de participer pleinement à l’identification des
mesures pouvant favoriser les opportunités de renforcement qui
s’ouvrent pour la commission.
Le rapport présente
l’information recueillie lors de la revue de la littérature
existante, au cours des ateliers de discussion et des entrevues
individuelles selon la logique définie dans les termes de référence.
Les premières sections du rapport présentent donc
l’environnement externe et le contexte institutionnel de la création
et le fonctionnement de la commission. Une section du rapport est
spécifiquement consacrée à l’analyse organisationnelle et
institutionnelle de la commission et de ses capacités à créer les
conditions nécessaires pour 1) favoriser la maîtrise de l’examen du
Budget de l’Etat pour assurer le vote à temps de la Loi des
Finances, 2) aider l’Assemblée à mener à bien le contrôle de
l’action gouvernementale, 3) veiller à une bonne orientation
économique du budget et de la planification pour une contribution
efficace au développement durable du pays. Les ateliers et
rencontres ont permis aux acteurs eux-mêmes d’identifier ce qui
constitue les principales entraves et les mesures à considérer pour
y remédier.
La
dernière section du rapport présente des propositions de solutions
en lien avec les analyses mentionnées ci-dessus et les
recommandations suggérées en réponse aux faiblesses identifiées.
Le
lecteur trouvera en annexe les termes de référence, la bibliographie
et la liste des personnes rencontrées.
TABLE DES MATIERES
RESUME DE L’ETUDE
3
1
RAPPEL
DES OBJECTIFS ET RESULTATS ATTENDUS DE L’ETUDE
6
2
METHODOLOGIE DE MISE EN ŒUVRE DE L’ETUDE
7
2.1
Activités
7
3
DIAGNOSTIC DE LA COMMISSION DES FINANCES
8
3.1
Contexte historique de l’Institution
8
3.2
Cadre
de structure et du fonctionnement de la Commission des Finances
9
3.3
Adéquation institutionnelle et organisationnelle de la commission
pour l’accomplissement de sa mission et mandat
10
3.3.1
Revue des évaluations antérieures
10
3.3.2
Audit de la Commission des Finances
12
3.3.2.1
Mission et mandat de la commission
12
3.3.2.2
Principales forces et opportunités,
faiblesses et contraintes de la commission
13
3.3.2.2.1
Faiblesses et contraintes d’ordre
institutionnel, organisationnel et fonctionnel de la commission
14
3.3.2.2.2
Faiblesses et contraintes en termes des
rapports et des relations de la commission
14
3.3.2.2.3
Faiblesses et contraintes liés aux
moyens et ressources mis à la disposition de la commission
15
3.3.2.2.4
Les formations reçues et les besoins
pour l’avenir de la Commission des Finances
16
4
PROPOSITIONS POUR LA STRATEGIE ET DES SOLUTIONS AUX PROBLEMES
IDENTIFIES ET LEUR MISE EN OEUVRE
18
4.1
Opportunités clés et stratégies porteuses
18
5
PLAN
D’ACTION POUR LE RENFORCEMENT DES CAPACITES DE LA COMMISSION
21
6
Le
suivi évaluation des actions de renforcement
47
7
ANNEXES
48
7.1
TdR
48
7.2
Bibliographie
50
7.3
Liste
des personnes rencontrées
50
CONTEXTE DE L’ETUDE
La gouvernance étant
un thème qui englobe bien de domaines, le projet APID/AN signé entre
le PNUD et le gouvernement malien vise au renforcement de quatre
institutions : Le Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT),
l’Assemblée Nationale (AN), la Section des Comptes de la Cour
Suprême(SC-CS), le Ministère de l’Administration Territoriale et des
Collectivités Territoriales (MATCL).
La Commission des
Finances de l’Assemblée Nationale joue un rôle de premier plan dans
le contrôle efficace de l’utilisation des ressources publiques par
l’Exécutif et l’allocation des ressources pour la lutte contre la
pauvreté. Dans le cadre d’un appui ciblé à cette commission, le
projet et l’Assemblée Nationale ont convenu d’entreprendre le
présent audit.
L’objectif général
de l’étude est de conférer à la Commission les capacités
organisationnelles et institutionnelles requises pour lui permettre
1) de maîtriser l’examen du Budget de l’Etat pour
assurer le vote à temps de la Loi des Finances, 2) d’aider
l’Assemblée à mener à bien le contrôle de l’action gouvernementale,
3) de veiller à une bonne orientation économique du budget pour une
contribution efficace au développement durable du pays.
Dans ce cadre les
tâches des consultants ont été de :
·
Réaliser une revue des diagnostics organisationnels déjà réalisés ;
·
Examiner les mécanismes organisationnels existants et d’identifier
les forces, faiblesses, obstacles et ouvertures y découlant en
termes de :
ü
des
liens de la Commission avec les autres structures de l’Assemblée
Nationale,
ü
la
communication entre la Commission et ses partenaires privilégiés.
·
Examiner l’existence et l’efficacité des mécanismes de collecte
d’informations pertinentes ;
·
Faire
le point sur l’intégration de la Commission dans les mécanismes de
suivi des politiques et programmes nationaux : CSLP, PRODESS, PRODEC,
PRODEJ, PDI, LOA, appui budgétaire, etc. ;
·
Analyser la pertinence et l’efficacité de la structure et son
fonctionnement interne au regard de sa mission ;
·
Faire
le point de l’adéquation des ressources humaines, financières et
matérielles de la Commission au regard de sa mission ;
·
Examiner les besoins en formation, l’efficacité et le suivi des
formations reçues, les domaines couverts, etc. ;
·
Proposer les priorités d’action de la stratégie organisationnelle et
institutionnelle de la Commission des Finances ;
·
Analyser le système de collecte, d’analyse et de diffusion des
informations relatives à l’instruction des projets et propositions
de loi par les commissions de travail et relatives au contrôle de
l’action gouvernementale par l’Assemblée Nationale et de stabiliser
les ressources humaines et de les motiver ;
·
Transformer le CDI en un véritable pôle de compétences sur les plans
interne et externe ;
·
Mettre
en place une structure permanente permettant une modernisation
effective de l’Etat.
Le produit de
l’étude est un rapport contenant outre la méthodologie adoptée :
1)
Un diagnostic
organisationnel et institutionnel de la commission pour identifier
les problèmes et contraintes qui bloquent le fonctionnement efficace
de la Commission des Finances en accordant une attention
particulière aux relations interinstitutionnelles et l’évaluation du
système mis en place au Mali,
2)
Des propositions pour la
stratégie et des solutions aux problèmes identifiés ainsi que leur
mise en œuvre,
3)
La formulation d’un plan
d’action pour le renforcement des capacités de la commission.
Afin d’atteindre les
objectifs de l’étude, les consultants ont mis en œuvre une
méthodologie hautement participative à plusieurs étapes.
Investigations
documentaires –
Les consultants ont pris connaissance de la masse de documentation
historique, organisationnelle, structurelle et institutionnelle
disponible ainsi que la documentation (à travers des sources
nationales et internationales) pourvoyant des modèles, méthodologies
et stratégies porteurs pour le développement des actions correctives
organisationnelles et institutionnelles.
Investigations
auprès des acteurs en forme d’atelier d’échanges avec les décideurs,
membres et personnel de la commission.
En collaboration
avec le Bureau de la commission, les consultants ont rencontré les
membres de la commission en une série de mini ateliers afin de
prendre connaissance de leurs perceptions des forces,
faiblesses, opportunités et menaces de la commission et
leurs perceptions des stratégies porteuses de solutions
organisationnelles et institutionnelles à envisager.
Une importante partie de cette activité a consisté à la présentation
des expériences des unités d’appui domiciliées au sein de
l’Assemblée Nationale du Bénin et l’analyse (par les membres de la
commission) de l’applicabilité des méthodologies mises en œuvre pour
le cas malien.
Investigations in
situ en forme d’analyse de la mission et le diagnostic de
l’adéquation organisationnelle de la structure pour son
accomplissement –Les
consultants ont analysé la mission de la commission et la vision
affichée de son accomplissement. Ils ont ensuite mené un diagnostic
organisationnel participatif de la structure afin d’évaluer le
niveau d’adéquation organisationnelle, les besoins de renforcement.
Les investigations se sont concentrées sur la structuration et les
processus et mécanismes organisationnels essentiels à la commission,
notamment :
·
L’environnement institutionnel, de l’organisation et des modalités
de fonctionnement de la commission ;
·
La
nature et les types de relations avec d’une part les structures
internes de l’Assemblée Nationale et d’autre part les départements
ministériels et organismes concourant à l’exécution de la loi des
finances ;
·
L’inventaire des moyens (humains, matériels, techniques et
financiers) mis à la disposition de la commission pour
l’accomplissement de sa mission ;
·
Les
résultats obtenus et les difficultés et contraintes rencontrées ;
·
Les
perceptions sur les solutions et les méthodes de travail propices.
Analyse et
élaboration des conclusions et des propositions provisoires –
En tenant compte des observations, perceptions et recommandations
des parties prenantes, les consultants ont élaboré des conclusions
et propositions.
Restitution et
finalisation du rapport d’étude
– En collaboration avec le Bureau de la commission, les conclusions
et propositions provisoires de l’étude ont été restituées aux
parties prenantes afin que leurs observations, suggestions et
recommandations soient prises en compte dans l’élaboration finale
des conclusions et propositions.
La première
Assemblée Nationale fut constituée des représentants des deux plus
importants partis politiques de l’époque de la fin de la
colonisation, l’Union Soudanaise du Rassemblement Démocratique
Africaine (US-RDA) et le Parti Progressiste Soudanais (PSP).
Les premières
élections législatives du Mali indépendant en 1962 entérinassent une
monocoloration de l’institution par la présentation d’une liste
nationale unique US-RDA en faveur de laquelle se prononcèrent les
électeurs.
En 1967 avec ce
qu’on dénomma la « Révolution active » et une certaine
radicalisation de l’option politique socialiste, l’Assemblée
Nationale fut dissoute par le Président de la République et la
fonction législative. La fonction législative fut confiée à un
organe d’exception, le Comité National de Défense de la Révolution (CNDR).
Cet organe fonctionnera, à travers sa Délégation législative
spéciale, jusqu’au coup d’Etat militaire en 1968. De cette date,
jusqu’en 1978 et l’instauration des institutions de la IIème
République, le Comité Militaire de Libération Nationale (CMLN)
s’arrogea les attributs législatifs et gouvernera par ordonnances.
A partir de 1979,
l’Union Démocratique du Peuple Malien, parti unique constitutionnel,
appliquera le mode électoral monocolore et une Assemblée Nationale
ayant quatre-vingt (80) sièges fut constituée essentiellement des
responsables des sections locales du parti unique. Le Président de
l’institution siégeait de droit dans l’organe dirigeant du parti, le
Bureau Exécutif Central.
Après la révolution
de Mars 1991, la fonction législative revint au Comité de Transition
pour le Salut du Peuple (CTSP) composé officiers auteurs du putsch
militaire et représentants des organisations et associations de la
société civile ayant participé depuis 1990 au mouvement en faveur de
l’ouverture politique.
L’adoption de la loi
fondamentale de la III République en 1992 engendrait la première
Assemblée Nationale multipartite de l’ère démocratique. Composée de
cent seize (116) députés, l’institution évoluera à partir de la
seconde Assemblée pour atteindre sa taille actuelle de cent quarante
sept (147) sièges.
Les articles 28 à 35
du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale fixent la structure
et le fonctionnement des Commissions Générales destinées à alimenter
la prise de décision de la plénière de l’Assemblée Nationale.
Cette véritable
cheville ouvrière de l’Assemblée Nationale est constituée chaque
année par onze (11) commissions formées après la mise en place du
Bureau de l’Assemblée Nationale. Elles couvrent tous les secteurs
de l’activité gouvernementale. Leur dénomination évoque le domaine
de leur compétence :
i.
La commission des travaux publics, de
l’habitat et des transports ;
ii.
La commission de l’éducation, de la
culture et de la communication ;
iii.
La commission de la santé, des affaires
sociales et de la solidarité ;
iv.
La commission de la défense nationale,
de la sécurité et de la protection civile ;
v.
La commission de l’énergie, des
industries, des mines et des technologies ;
vi.
La commission des finances, de
l’économie et du plan ;
vii.
La commission des lois
constitutionnelles, de la législation, de la justice et des
institutions de la République ;
viii.
La commission de l’administration
territoriale et de la décentralisation ;
ix.
La commission des affaires étrangères,
des maliens de l’extérieur et de l’intégration africaine ;
x.
La commission du développement rural et
de l’environnement ;
xi.
La commission du travail, de l’emploi,
de la promotion des femmes, de la jeunesse et des sports.
Elles peuvent
accueillir un maximum de vingt et un (21) membres et tous les
Députés doivent obligatoirement s’inscrire dans une commission, mais
aucun d’eux ne peut être membre de plus de deux commissions. Les
commissions élisent en leur sein un bureau composé d’un Président et
d’un Vice-Président. Un rapporteur est nommé à l’examen de chaque
affaire.
Les commissions se
voient imputer chacune selon ses domaines de compétence les projets
et propositions déposées sur le bureau de l’Assemblée. Elles en
font l’étude et communiquent leurs conclusions lors des débats en
plénière. Plusieurs commissions peuvent se rapprocher pour
constituer les groupes de travail temporaires ou permanents pour
l’examen des dossiers ayant une nature sémi-transversale ou
transversale. En matière d’orientation, les commissions sont
sensées développer l’expertise pour les domaines de leur compétence
afin d’alimenter les remarques et actions critiques de l’AN sur les
actions et les objectifs présentés par le gouvernement. En matière
de contrôle, cette même expertise est sensée pourvoir à l’AN la
matière première aux fins de l’exercice du «contrôle
parlementaire ».
Placée parmi les
onze commissions générales, la Commission des Finances bénéficie de
trois (3) exceptions organisationnelles en relation avec la
délicatesse de la matière à traiter :
·
sa
taille n’est pas limitée à vingt et un (21) membres comme celle des
autres commissions générales ;
·
elle
élit un rapporteur général en son sein au lieu d’élire un rapporteur
pour chaque dossier à traiter comme les autres commissions
générales ;
·
elle a
la faculté de désigner des rapporteurs spéciaux si le besoin s’en
fait sentir.
Une exception
spéciale associée, mais pas directement liée à la mission régalienne
de la Commission des Finances, est faite en ce qui concerne le
budget de l’AN. A cet effet, la Commission est chargée d’étude et
de contrôle du budget de l’Assemblée Nationale à travers
l’élaboration d’avis sur la pertinence du budget aux fins de son
adoption pa le Bureau de l’AN.
Pour une meilleure
organisation de son travail, l’AN a instauré une Conférence des
Présidents qui comprend les Vice-Présidents de l’AN, les Présidents
des Groupes Parlementaires, les Présidents des Commissions Générales
et le Rapporteur Général de la Commission des Finances. La
conférence examine l’ordre du jour du Parlement et établit une
proposition pour l’assemblée. Elle peut en outre se prononcer sur
l’organisation de la discussion générale des textes soumis à l’AN.
Les commissions comptent fortement sur la conférence pour la bonne
circulation et diffusion des informations. La présence à la fois du
Président et du Rapporteur Général de la Commission des Finances
dans cette structure organisationnelle interne favorise en principe,
l’accomplissement de sa mission.
En général, les
commissions générales de l’AN sont dotées d’un Assistant
Parlementaire et d’une secrétaire. La Commission des Finances ne
fait pas exception à cette règle générale.
La présente étude
est la première du genre pour ce qui concerne l’analyse spécifique
des capacités et compétences de la Commission des Finances. L’Assemblée
Nationale, toutefois (avec l’appui du PNUD à travers le Projet
Régional pour l’Evaluation des Capacités en Afrique), a entrepris
deux activités d’autoévaluation courant l’an 2000.
Chacune de ces activités comprenait des activités aboutissant à
l’élaboration des constats sur les problèmes à résoudre et des
recommandations pour une meilleure prise en charge des missions par
l’institution. Les principaux constats et recommandations de ces
études suivent :
|
Synthèse
des constats et recommandations issues des études antérieures
de l'Assemblée Nationale
|
|
Constats
|
Recommandations |
|
Un déséquilibre
important existe entre des niveaux d’information entre le
gouvernement et le parlement. |
- Constituer une
véritable bibliothèque à l’AN
- Doter chaque
député d’un recueil de textes essentiels
- Brancher l’AN
sur l’internet et installer de postes de travail au niveau de
chaque commission
- Développer un
dispositif assurant que le Gouvernement accompagne ses projets
prioritaires de notes explicatives aussi détaillées que possible
- Renforcer
l’organisation, les capacités et les compétences des commissions
à étudier les projets et propositions de loi, à suivre et à
contrôler l’action gouvernementale
|
|
L’absence d’une
véritable bibliothèque et n’obtenant pas toujours suite aux
demandes de documentation supplémentaires adressées aux
départements ministériels, la fréquence des auditions est
démesurée ainsi rendant les Députés vulnérables au lobbying et
encombrant le travail des commissions de rallongeant des délais
d’étude des projets sans garantie de qualité des conclusions. |
|
Les mécanismes
partagés entre l’exécutif et l’AN pour la fixation de l’ordre du
jour risque d’amener des frictions et des frustrations du côté
de l’exécutif. |
-Engendrer une
meilleure écoute mutuelle entre le Législatif et l’Exécutif pour
une gestion consensuelle des priorités et la réduction des
malentendus
- Renforcer les
compétences de l’AN à initier des lois
|
|
Le nombre
d’ordonnances présidentielles et l’extension du domaine de
celles-ci accroissent. |
|
La loi
fondamentale offre au Chef du Gouvernement le choix entre la
présentation d’un programme (qui listerait de manière exhaustive
les actions à mener) et une déclaration de politique générale
qui peut fort bien se limiter à l’énoncé et au commentaire des
principales lignes de force. Ceci limite les informations
pouvant alimenter les missions de l’AN. |
|
Le poids des
contraintes sociales des Députés engendre une absentéisme.
|
- Veiller à
l’application des textes en vigueur |
|
Les compétences
et capacités de l’assistance parlementaire sont faibles. |
- Mettre à
disposition de chaque commission et de chaque Groupe
Parlementaire un premier assistant chargé principalement de la
documentation et des contacts
- Mettre à
disposition de chaque commission et éventuellement de chaque
Groupe Parlementaire d’un second assistant chargé principalement
de l’appui au travail législatif
- Réorganiser le
Secrétariat Législatif
-Recourir à une
agence spécialisée pour le recrutement des assistants
- Organiser des
sessions de perfectionnement pour les assistants |
|
La cadence de
renouvellement des structures affecte la constitution de
l’expertise requise et perturbe l’atmosphère de l’hémicycle par
l’introduction d’une dynamique de « campagne électorale
permanente ». |
- Mener une
évaluation critique des textes en vigueur en vue de les adapter
- Relire les
textes régissant les structures de l’AN en clarifiant les
missions et attributions de chacune |
|
Les capacités
institutionnelles et organisationnelles de l’AN sont faibles |
|
Une confusion
des tâches politiques et administratives entre le Cabinet du
Président et le Secrétariat Général règne. |
|
En faisant
recours à la démocratie directe, l’AN a l’impression que
l’exécutif fait ingérence dans ses domaines de compétence et
s’arroge un droit de mise en œuvre législative. |
- Encourager le
Gouvernement d’expliciter à l’AN son recours à la démocratie
directe |
|
L’AN limite ses
recours à certaines formes de contrôle en gardant une préférence
pour la question orale ou pour l’interpellation qui ne
permettent pas toujours aux citoyens de saisir la complexité de
certains problèmes. |
- Engendrer un
meilleur recours aux dispositions du règlement intérieur
relatives à la procédure d’information et de contrôle, y inclus
la budgétisation des activités régulières des missions d’enquête
et des missions ad hoc |
|
Le financement
des commissions spéciales et d’enquêtes est faible. |
|
Le suivi des
conclusions des commissions et des missions ad hoc est faible. |
Table 1 Synthèse des constats et
recommandations issues des études antérieures de l'Assemblée
Nationale
Les sous chapitres
suivants présentent les principaux constats de l’audit
organisationnel de la Commission des Finances. Les informations
pertinentes ont été collectée à l’aide d’une étude documentaire des
principaux instruments du cadre de l’Institution et à travers des
supports d’échange conçus par les experts et administrés selon une
approche participative (l’organisation de quatre (4) jours de
rencontres/échanges entre les experts, les membres de la commission
(y compris le bureau) et son personnel.) Il est à noter que les
échanges ont été enrichis par la participation de parlementaires et
d’agents des autres commissions, organes et structures de l’AN
intéressés par les travaux (cf liste des personnes rencontrées en
annexe à la présente étude).
Paradoxalement aux
autres organes et structures de l’Assemblée, la mission et les
charges des commissions générales (y compris celle des finances)
n’est pas explicitement définie par le Règlement Intérieur en
vigueur. Il en résulte que l’implication réelle des commissions
dans l’ensemble des missions du parlement (législatives,
d’orientation et du contrôle), particulièrement celles chargées des
domaines larges et/ou transversaux comme celui des Finances, de
l’Economie et du Plan, se trouve confrontée à des interprétations et
des limites potentielles. La capacité de l’AN de mitiger les
risques et lever les contraintes associés à une orientation forte
des travaux des commissions pour l’un ou certains aspects de la
mission générale de l’institution (soit législatifs et/ou
d’orientation et/ou de contrôle) est affaiblie par l’absence de
définitions claires de ses attentes en ce qui les concerne dans le
Règlement Intérieur.
Au cours des
échanges, il est ressorti que la mission stratégique généralement
reconnue et mise en application par l’Institution pour sa
Commission des Finances consiste à :
·
favoriser la maîtrise de l’examen du Budget de l’Etat pour assurer
le vote à temps de la Loi des Finances,
·
aider
l’Assemblée à mener à bien le contrôle de l’action gouvernementale,
·
veiller à une bonne orientation économique du budget et de la
planification pour une contribution efficace au développement
durable du pays.
En fonction de
l’article 18 du Règlement Intérieur qui stipule « ……..Les
Questeurs……Ils préparent, sous la haute direction du Président en
accord avec le Bureau de l’Assemblée Nationale, le budget de l’AN
qu’ils rapportent devant la Commission des Finances, de l’Economie
et du Plan…….. », l’Institution attribue une mission d’étude et
du contrôle de son budget à la Commission des Finances.
Afin de jouer ce
rôle, la commission doit synthétiser les enjeux, apprécier la
pertinence et juger de la fiabilité des options et de la mise en
œuvre de la planification, de la budgétisation du développement
proposés au législatif et mis en œuvre par l’exécutif. Ceci sous
entend la création des conditions d’examen qui permet aux députés
d’apprécier :
·
La
nature, la portée, l’exhaustivité des instruments déposés au regard
de certains repères internationaux et sous-régionaux ainsi que des
dispositions résultant des lois et décrets en vigueur ;
·
Les
recettes fiscales pour déterminer les facteurs de variation, en
dissociant l’influence des données endogènes et exogènes ;
·
La
pertinence et la fiabilité des hypothèses et des réalisations ;
·
La
fiabilité des données macro économiques, sur la base de leur
confrontation avec d’autres sources d’information ;
·
Les
risques de variabilité des facteurs économiques, sociaux et
culturels ;
·
Les
tendances historiques et leur justification ;
·
Les
liens entre les données budgétaires, économiques et de planification
et les stratégies nationales de développement durable et de lutte
contre la pauvreté ;
·
Les
prévisions de dépenses au regard de :
ü
La
nomenclature budgétaire en vigueur,
ü
Les
accords d’appui budgétaire en vigueur avec les partenaires au
développement,
ü
Les
stratégies nationales de développement durable et de lutte contre la
pauvreté en vigueur.
·
L’Assemblée
doit en outre, rendre compte aux populations de l’exécution des
programmes du Gouvernement. A ce sujet, la commission des finances
est chargée de l’évaluation «ex post » de certains programmes
contenus dans le budget pour s’assurer que ceux-ci ont été
effectivement réalisés, que l’impact peut être mesuré au moyen
d’indicateurs financiers et non financiers.
Le Règlement
Intérieur de l’AN reconnaît l’étendue et la complexité des tâches
assignées à la Commission en lui attribuant des exceptions. Les
résultats de ces exceptions, en termes de taille et mode de
rapportage sont parmi ses principales forces. Les opportunités de
la commission sont de taille. Son statut et positionnement fait
d’elle un négociateur privilégié avec les autorités financières,
économiques et du plan de l’exécutif. Ceci l’assure une forte
influence, l’accès aux éventuels appuis appropriés et un important
rôle dans le maintient de la concorde institutionnelle élargie et
par conséquent, la paix sociale.
La commission fait
toutefois face à d’importantes faiblesses et contraintes qui
limitent outre mesure sa capacité d’assumer pleinement ses missions
au service du législatif.
Parmi celles-ci on
peut compter des faiblesses et des contraintes liées :
o
à
l’environnement institutionnel et organisationnel et des modalités
de fonctionnement de la commission ;
o
à la
nature et des types de relations de la commission avec d’une part
les autres structures et commissions de l’AN, et d’autre part les
départements ministériels et organismes concourant à l’élaboration
et l’exécution de la loi de finances ;
o
à
l’ensemble des moyens (matériels, techniques et financiers) mis à la
disposition de la commission pour l’accomplissement de ses missions.
Les membres et le
bureau de la commission bénéficient d’un mandat d’une seule année.
Le principe a deux principaux effets sur la capacité de la
commission d’assurer son mandat : le temps réel consacré au travail
parlementaire ne permet pas aux membres de la commission d’acquérir
les connaissances nécessaires à leurs tâches et le temps que les
parlementaires consacrent à se positionner pour les rotations et les
élections subséquentes engendre une dynamique de campagne électorale
permanente qui empiète négativement sur le temps du travail
parlementaire.
L’exception dotant
un statut spécial au rapporteur général de la commission engendre
une certaine confusion organisationnelle hiérarchique au sein de la
commission. La capacité du bureau est affaiblie par l’influence
inhérente au statut du rapporteur général.
L’exercice du
contrôle parlementaire des finances publiques se fait en l’absence
d’une stratégie de contrôle assortie d’une vision de la mission de
l’Assemblée Nationale dans ce domaine.
Le bureau
n’entretient pas régulièrement des archives faisant foi des
activités et réalisations de la commission. Ceci affecte la
capacité de la commission de situer leurs travaux dans la continuité
et on constate des duplications importantes en matière de recherche,
collecte et maîtrise des informations pertinentes.
Les tâches à
réaliser au sein de la commission ne sont guère planifiées de
manière systématique, ni programmées en son sein de manière
équitable.. La commission dépend fortement de la compétence et de
la volonté de ses membres à assumer la responsabilité des tâches à
accomplir. Un fort absentéisme se fait sentir au sein de la
commission. Il en résulte qu’un noyau de membres assume l’essentiel
des travaux.
Souffrant de
l’absence d’une véritable bibliothèque et n’obtenant pas toujours
suite aux demandes de documentation supplémentaires adressées aux
départements ministériels, les députés contournent les difficultés
de s’informer en recourant à l’audition des personnes ressources.
En l’absence des sources d’information contradictoires, le risque de
subjectivité de la méthode est fort. La multiplication des auditions
encombre considérablement le travail de la commission et rallonge
les délais d’étude des projets sans garantir la qualité des
conclusions.
La commission
n’entretient pas des rapports et relations de correspondance avec
les organes et entités chargés de l’orientation, de la
planification, de la budgétisation et/ou de suivi évaluation de
l’utilisation des ressources publiques pour des fins d’information.
Aucune activité d’information sur l’orientation de l’élaboration du
Budget d’Etat n’est mise en œuvre entre le Parlement et
l’exécutif. Il en résulte que les connaissances des membres de la
commission sur les principaux instruments d’orientation du
développement durable sont faibles. La plupart des membres de la
commission n’ont pas d’aptitudes suffisantes pour discuter
rationnellement et efficacement des questions concernant la
commission.
La commission dépend
fortement de la Conférence des Présidents pour l’obtention des
informations pouvant l’affecter et pour la communication des
informations qu’elle voudrait faire circuler aux autres structures,
organes et aux membres du parlement ne faisant pas partie de la
commission.
La collaboration
avec les autres commissions est bonne selon les membres de la
commission mais on ne constate pas l’existence d’un flux
d’informations entre ces commissions et la commission de finances
pouvant alimenter la compréhension du domaine des finances, de
l’économie et du plan par les membres de la commission de finances
pour des fins d’examen, d’orientation ou de contrôle.
Les membres de la
commission considèrent que les rapports de la commission avec le
ministère chargé des finances sont marqués de collaboration et
d’assistance. On note toutefois que ces rapports se limitent
essentiellement aux auditions. La commission entend régulièrement
les responsables des ministères chargés des affaires étrangères, de
l’intégration africaine, des PME/PMI, de la réforme de l’Etat. Ses
rapports avec le ministère chargé du plan sont plus faibles selon
les membres de la commission.
La commission
n’entretiennent pas de rapports avec les organes d’orientation, de
décision, de planification, de mise en œuvre ou de suivi évaluation
du CSLP, du PRODESS, PRODEC, PRODEJ, PDI, ou de LOA
et des mécanismes permettant une remontée des informations relatives
aux travaux de ces entités à la commission n’est pas mise en place.
Certains des membres de la commission sont peu informés de la
réforme budgétaire en cours, surtout du contexte et des concepts
techniques de budget programme et de la mouvance pour l’appui
budgétaire. Des invitations de participation aux activités
d’orientation, de planification, de suivi évaluation lancées par
certains départements ministériels et certains organes d’orientation
interministérielles ont été accueillies avec hésitation par des
membres de la commission. Ceux-ci craignent qu’une telle
participation diminuera la capacité de la commission d’examiner,
d’orienter et de contrôler le domaine. D’autres membres voient des
opportunités qu’ils estiment que la commission doit saisir, surtout
en termes d’information et d’efficacité.
La commission
n’entretient pas de partenariat avec la section des comptes de la
Cour Suprême. Elle a débuté un travail dans ce sens, mais une
stratégie pour ce faire n’a pas encore été formalisée et
l’implication de cette structure demeure faible dans les activités
de contrôle de la commission.
La commission
entretient des rapports avec le Bureau de l’AN à travers sa mission
d étude et de contrôle du budget de l’institution. Les membres
estiment généralement que la capacité technique de la commission de
réellement impacter la prise de décision sur le budget sont faibles.
Le contrôle
parlementaire des finances publiques est exercé dans un contexte
caractérisé, entre autres, par l’insuffisance du personnel technique
affecté à la commission chargée des finances, par l’inexistence
d’outils d’évaluation et de contrôle du budget de l’Etat et par la
dépendance du parlement vis-à-vis du Gouvernement pour l’obtention
des informations nécessaires à l’étude et au vote des lois de
finances. A cela s’ajoutent les difficultés réelles qu’éprouve la
commission d’une part, pour satisfaire les besoins d’analyse,
d’estimation et de simulation de données économiques et financières,
faute d’outils appropriés et d’autre part, pour obtenir du
Gouvernement et dans les délais toutes les informations voulues.
Cette situation affecte négativement la qualité du contenu technique
des débats budgétaires et explique en partie l’inefficacité du
contrôle parlementaire de l’action du Gouvernement.
La commission
chargée des finances de l’Assemblée Nationale ne dispose que d’un
seul assistant, celui-ci ayant un profil de juriste/publiciste.
L’assistant assure à
lui seul les fonctions attribuées dans d’autres compétences
(secrétaire, collectifs d’assistants de commission, collectifs de
conseillers législatifs, chargés de recherches archivistes,
coursiers etc.…). Une si grande surcharge ne peut objectivement
permettre d’atteindre un résultat de qualité.
Les fonctionnaires
en détachement ainsi que les agents directement recrutés par
l’Assemblée ne sont au préalable soumis à aucun test ni à aucune
formation spécifique au travail parlementaire avant leur prise de
service. Il n’y a pas non plus de politique de formation continue ou
de recyclage des agents.
Par ailleurs les
recrutements directs ne tiennent pas toujours compte de la
spécificité des emplois auxquels sont destinés les candidats. A
chaque emploi devrait correspondre un profil ; on ne peut, par
exemple, être compétent indifféremment au poste d’assistant de la
commission des finances et à celui de chargé de matériel. Or c’est
ce à quoi on assiste le plus souvent.
Les séances du
travail de la commission des finances sont tenues dans une ancienne
salle de plénière. La sonorisation de la salle fait largement
défaut et elle n’est pas équipée de matériel s’apprêtant aux
travaux. Les membres de la commission, autres que le Président et
le Rapporteur Général, ne disposent pas de lieu de travail à
l’Assemblée.
La commission des
finances n’a pas un service de documentation spécialisé et dispose
que d’un équipement en matériel informatique insuffisant (trois
ordinateurs et connexion à l’internet) qui n’est pas
systématiquement mis à la disposition des membres de la commission.
La commission ne
dispose ni de budget de fonctionnement, ni de budget permettant la
levée des enquêtes et/ou des investigations particulières.
Au cours de 24
derniers mois, les membres de la commission ont participé à une
séance de formation animée par l’Association Malienne de Recherche
Action pour le Développement (AMRAD) avec l’appui du projet APID/Volet
AN. A cette occasion, plusieurs modules de formation ont été
présentées sur les sujets suivants :
·
la
constitution et l’organisation des pouvoirs publics,
·
les
pouvoirs exécutif et législatif et les rapports entre eux,
·
les
moyens d’action du parlement dans le contrôle du gouvernement
destinés aux parlementaires et le personnel de l’administration
parlementaire,
·
le
processus budgétaire notamment dans une perspective d’équité entre
hommes et femmes, finances publiques et bonne gouvernance,
·
rôles
respectifs du Ministère des Finances, de l’Assemblée Nationale et de
la Section des Comptes dans l’élaboration, l’adoption, l’exécution
et le contrôle du budget.
Dans le souci de
pérenniser les formations, le concepteur a mis en œuvre deux outils
permanents – un livret de référence rapide contenant des
informations utiles issues des formations pour les parlementaires et
le personnel de l’administration parlementaire et un site web de
référence pour le public, les parlementaires et le personnel de
l’administration parlementaire.
En matière de
formation, plusieurs besoins se font sentir au sein de la
commission.
1)
Assurer l’offre des
formations permettant aux membres de la commission d’acquérir des
connaissances utiles pendant la courte durée de la mandature -
Pendant les activités de la présente étude tous les acteurs
intervenant au niveau de la Commission des Fiances ont insisté sur
la nécessité de dispenser aux membres de ladite commission une
formation dans les divers domaines touchant la mission de la
commission (l’orientation, la planification, l’exécution et le suivi
contrôle des domaines macro-économique, de la gouvernance économique
et financière, budgétisation, fiscalité, etc.). Une approche
offrant des séminaires et opportunités d’échange avec les
structures, services, institutions et experts internationaux et
nationaux des domaines d’intérêt semble porteur en vue de l’emploi
du temps de la commission et en vue de la durée de la mandature.
Certes, l’objectif n’est pas de faire de chaque parlementaire un
spécialiste, mais de dégager et d’expliquer les principaux concepts
dans les divers domaines de compétence de la commission. Cette
formation doit être continue et considérée comme un exercice
permanent en raison de la mobilité des députés dans les
commissions.
2)
Développer l’offre des
formations et des outils pour les commissaires entrant afin qu’ils
puissent rapidement saisir les enjeux et les méthodes propices à
leur contribution aux travaux de la commission. Ces formations et
outils seront à offrir au début de chaque mandature.
3)
Développer un programme de
renforcement continu des assistants techniques de la commission afin
qu’ils puissent offrir des services de pointe à la commission.

Un certain nombre
d’opportunités de contexte s’ouvrent pour la commission en termes de
son renforcement. Les plus importantes parmi elles sont :
·
La
bonne disposition des partenaires au développement qui sont prêts à
appuyer la commission à résoudre les problèmes et à lever les
contraintes ;
·
La
coopération inter parlementaire régionale et mondiale qui se
développe et facilite les échanges d’expériences et de pratiques
enrichissantes mutuellement ;
·
Le
partenariat avec les structures gouvernementales ou indépendantes
dans la fourniture d’informations et d’études d’impact existantes ;
·
La
disponibilité des nouvelles techniques d’information et de
communication qui , à l’heure de la mondialisation peuvent permettre
à la commission d’accéder à la banque de données existante sur
Internet ou pouvant être fournies par des personnes ou institutions
existantes à l’autre bout du monde ;
·
La
disponibilité des outils de seconde génération pour l’analyse
budgétaire et pour le suivi de l’exécution du budget en
collaboration avec la société civile.
Au cours des
différentes séances de travail organisées pendant la mission de
l’étude, l’unanimité est faite du coté des députés que le budget
général de l’Etat est un document complexe, très technique mais
aussi très important pour la vie de la Nation.
Or, pour des raisons
d’aptitude ; connaissances, manque de moyens humains, techniques et
matériels les députés n’ont pas la capacité de faire le travail de
fond indispensable pour la compréhension du budget.
En effet, de plus en
plus, à la place des formes traditionnelles de documentation
surabondante et analytique, les nouvelles approches budgétaires
(budget programme) font appel à un nouveau type d’information
rationalisée axée sur des aspects politiques pertinents et utilisant
des outils de seconde génération.
Pour un parlement
moderne, il devient de plus en plus utile que ce type d’information
fasse l’objet de vérification de la part d’entité neutre, capable de
fournir en premier lieu des renseignements pouvant aider le
parlement à prendre position par rapport aux choix opérés par le
Gouvernement.
Dans des pays
développés, les parlements font appel à des experts extérieurs.
Cette formule serait trop onéreuse et ne présenterait pas de
sécurité pour des pays en voie de développement tels que le Mali et
le Bénin.
L’initiative du
parlement béninois appuyée par l’ACBF et le programme des Nations
Unies pour le Développement qui a consisté à installer deux unités
d’appui l’une (CAPAN) ayant une mission large d’appui à l’analyse
par l’ensemble des structures et commissions du parlement et l’autre
(UNACEB) ayant une mission d’appui technique spécifique à la
commission des finances) au sein du parlement et a eu faire des
structures pérennes a intéressé les députés maliens.
L’installation et la
pérennisation d’une cellule chargée d’appuyer le parlement dans sa
mission d’examen et du vote des lois de finances seraient utiles
pour combler un grand nombre des lacunes techniques de la
commission. Les commissaires estiment toutefois que cette stratégie
est difficilement envisageable en vue de la situation générale de
rareté de ressources au sein de l’AN et en fonction du cadre
institutionnel qui régit la structure et le fonctionnement de la
commission. Le retard vécu dans la relecture des instruments de
base du fonctionnement de l’institution
vient à confirmer cette conclusion.
Les résultats du
présent diagnostic, comblé des perceptions des acteurs, permettent
de dresser une liste des principales stratégies porteuses et
réalistes pour la création des conditions pouvant impulser des
améliorations significatives à court et à moyen terme :
1. Elaborer et
mettre en œuvre une stratégie de contrôle assortie d’une vision
claire de l’Assemblée Nationale
La stratégie du
contrôle parlementaire pourrait être définie selon les axes
ci-après :
·
La
complémentarité des moyens de contrôle parlementaire (contrôle de
portée générale et contrôle spécifique dont font partie le vote des
lois de finances, le contrôle budgétaire) ;
·
L’Assistance
de la juridiction financière en tant qu’institution de contrôle
spécialisée à l’Assemblée Nationale. Cette assistance de la section
des comptes de la Cour Suprême se justifie au plan technique, eu
égard à la qualification de son personnel dans le domaine de la
vérification des comptes de l’Etat. Il convient de faire jouer à
celle-ci son rôle partenaire de l’Assemblée Nationale ;
·
La
prépondérance du contrôle parlementaire des finances publiques en
tant que point d’aboutissement de tous les autres contrôles portant
sur l’exécution du budget de l’Etat et sur la gestion financière des
autres organismes publics ;
·
Dégager la forme et le contenu à donner aux rapports d’activités et
de gestion que le Président doit soumettre à la plénière du
parlement et élaborer des supports pour ce faire.
2. Renforcer les
capacités de la commission de mettre la stratégie en œuvre
·
Offrir
des opportunités continues d’acquisition de connaissances aux
membres de la commission. Ceci passe par l’offre des séminaires de
formation, d’information et d’échanges à courte durée et l’offre des
opportunités de bénéfice d’autres expériences du domaine. En vue de
la cadence de renouvellement de la structure, il s’agit de
développer une offre permanente pouvant satisfaire les besoins des
députés entrants comme ceux qui vivent plusieurs mandats au sein de
la commission. A ceci s’ajoute le développement et l’offre des
formations et des outils (références rapides) pour les commissaires
entrant afin qu’ils puissent rapidement contribuer aux travaux et
les résultats attendus de la commission.
·
Renforcer l’effectif des assistants de la commission des finances en
augmentant le nombre et la qualité du personnel. Assurer que leur
recrutement tienne compte du profil du poste (les trois disciplines
essentiels sont : macroéconomie, finances publiques et fiscalité).
Assigner une mission technique à ce personnel. Le rôle des
assistants est de dépouiller ces multiples documents et de les
rendre accessibles et digestes aux non initiés dans le domaine car,
il faut éviter de faire du débat budgétaire une affaire de
spécialistes. Il s’agit donc essentiellement de renforcer
l’information du parlement de manière à ce que les députés puissent
par eux-mêmes mettre en balance les différentes options en présence,
identifier les objectifs, vérifier leur faisabilité, apprécier leur
opportunité et faire des choix alternatifs. Il est important que
ces assistants bénéficient de formation continue du domaine afin
qu’ils puissent assurer l’assistance technique de manière qui suit
les évolutions techniques et du cadre (mouvance de l’appui
budgétaire, réforme budgétaire, mécanismes et moyens techniques
d’analyse, etc.)
·
Etablir et entretenir une documentation spécialisée au sein de la
commission constituée d’ouvrages de référence dans les domaines des
finances publiques, de l’économie, de la planification, des
statistiques, de la gestion de l’audit, de la vérification etc.….
Cette documentation dynamique doit comprendre en outre des recueils
et revues des accords et instruments du domaine au niveau national
et sous régional.
·
Engager la collaboration avec les services, institutions, organismes
et organes international, national et local d’orientation, de
planification, de mise en œuvre et de suivi évaluation pour les fins
d’information.
·
Concevoir et mettre à la disposition des membres de la commission
des outils d’évaluation et de contrôle. Ces outils seront
constitués de modèles de calculs et de simulation des données
économiques et financières et de guides pratiques exposant les
méthodes et techniques d’analyse,de contrôle et d’évaluation du
budget de l’Etat. Dans ce cadre, la CAPAN et l’UNACEB (Unité
d’Analyse de Contrôle et d’Evaluation du Budget de l’Etat)
constituent une expérience dont le succès au Bénin pourrait conduire
à son application au Mali.
3. Améliorer les
conditions de travail des Députés
Pour relever
l’efficacité des Députés et de la commission des finances dans le
cadre de l’étude de la loi de finances, il est nécessaire de :
·
Aménager la salle des séances de la commission – La sonorisation de
la salle a urgemment besoin de renouvellement ;
·
Mettre
une salle de travail équipée des moyens matériels et informatiques
adéquats, y compris l’accès à l’internet à la disposition des
membres de la commission.
4. Renforcer des
relations parlement / gouvernement
Il s’agit notamment
de l’amélioration nécessaire à apporter à la gestion de la
communication des documents et autres informations demandées par les
commissions chargées de l’examen du projet de loi de finances.
5
PLAN D’ACTION POUR LE
RENFORCEMENT DES CAPACITES DE LA COMMISSION

Le cadre commenté suivant décline les objectifs et
les stratégies porteuses en plan d’actions porteuses et
prioritaires.